En septembre prochain, M. G et Mme. B expérimenteront…

Le 16 septembre 2014 au matin, M. G et Mme B prendront leur voiture, comme d’habitude… vraiment ?

schémas eysines couleur

 

 

La décision

En sirotant son café chaud, comme tous les matins, à la fenêtre de la cuisine de sa petite maison du quartier du Derby, Monsieur G. aperçoit un nouveau panneau installé sur l’espace enherbé qui fait face à son pavillon et qui n’avait, à sa connaissance, jamais fait l’objet d’une animation particulière, hormis les tontes régulières des jardiniers municipaux. Pressé par le temps, il n’y prête guère plus attention et file à sa voiture pour se rendre à son lieu de travail près de Libourne. C’est en rentrant chez lui, aux alentours de 18h00, qu’il décide d’aller y regarder de plus près. L’affiche installée est composée de deux plans : un premier qui met en valeur certains lieux accessibles par autobus depuis son quartier ; un second qui représente avec soin les rues et cheminements lui permettant de se rendre aux stations correspondant auxdites destinations. Charmé par l’apparence de l’objet et passablement satisfait de voir que ce type de mobilier n’est pas réservé qu’aux lieux de forte affluence, il prend le temps de décrypter les informations qui lui sont proposées, et fait subitement le lien avec les pictogrammes qu’il avait récemment vus apposés plus loin dans sa rue, en allant acheter son pain, et dont il n’avait pas tout à fait compris, sur le moment, la signification. « Ces dessins correspondaient en fait aux destinations, se dit-il avec perspicacité… tiens ? le parc du Pinsan… j’y vais justement faire mon footing. Ils me proposent de prendre la ligne 72, c’est bien gentil mais j’y suis en 5 minutes en voiture… Bon… apparemment il se passe quelque chose à l’arrêt 19 mars 1962. Il fait plutôt beau, je pourrais y jeter un œil, c’est l’occasion. »

Madame B. habite dans la résidence des Hauts de l’Hippodrome et est aide-soignante à l’Hôpital Pellegrin, où elle se rend tous les jours en voiture. Aujourd’hui, elle s’est levée légèrement  plus tôt que de coutume pour remplir des papiers importants, dont l’empilement témoigne du caractère rébarbatif de la tâche à accomplir. Sur le chemin pour les poster, elle remarque, peints sur un poteau électrique, un symbole et une flèche indiquant l’hôpital, tout droit à 40 minutes. Dubitative, après une très courte pause, elle opère une moue de la bouche et poursuit son chemin. Arrivée place du Rouillaou, où se trouve la Poste, elle est d’abord surprise par la présence d’un nouveau panneau indiquant plusieurs destinations dans une arborescence de flèches colorées. Elle fait rapidement le lien avec le récit de sa voisine, Madame O. qui lui faisait part, la veille, des ateliers périscolaires réalisés par sa fille, et de l’installation qui avait été mise en œuvre sur la place, dans le cadre de ces activités. Sur le panneau, elle reconnait l’indication relative à l’hôpital et en découvre une dizaine d’autres, accompagnées chacune d’un petit symbole significatif. Ces différents lieux sont également peints au sol, en étoile à partir de la base du panneau, et Madame B. comprend alors que les temps de trajet correspondent à ceux réalisés en autobus, à partir des stations du quartier. « 40 minutes, c’est le temps que je peux mettre en voiture quand il y a de la circulation, se dit-elle.  » En rentrant chez elle pour prendre sa voiture, Madame B. se dit que ça pourrait être intéressant de faire l’expérience dès le lendemain.

Décision

 

 

La découverte de la station

Une fois en tenue de circonstance, Monsieur G. se rend à la station du 19 mars 1962 à pied, en traversant le Derby. Il passe devant le square de l’école, qu’il n’avait jamais vu autrement qu’à travers les vitres de sa voiture, et décide d’y faire un détour. Il découvre un quartier qu’il n’a que très rarement parcouru en sept ans, et apprécie ce moment de calme et détente. Arrivé au niveau de la rue du Taillan-Médoc, alors que le grondement des moteurs a repris ses droits, il découvre, entre deux chênes, à côté de l’abribus 19 mars, quelque chose qu’il identifie comme un stand de vente de boissons, à la droite duquel, en arrière du trottoir, sur cinq mètre de long et un mètre de large, s’étend une parcelle de ce qui semble être des plantes aromatiques, entretenue par un jeune individu. Surpris par l’incongruité de la scène à cet endroit, Monsieur G. marque un pas d’hésitation ponctué d’un froncement de sourcils, mais une personne se situant derrière le stand lui fait signe et l’invite à venir partager un verre d’un nectar confectionné par l’Atelier Cuisine & Jardin de la ville. Aujourd’hui, c’est citronnelle à la menthe poivrée. Ils discutent de la ville d’Eysines, des bus et de recette à base de menthe. Monsieur G. se renseigne sur l’Atelier Cuisine & Jardin et s’engage à venir, à l’occasion, s’occuper et profiter de la petite parcelle. Après un temps jugé étonnamment court par Monsieur G., le bus 72 s’arrête en station. Monsieur G. y monte, emportant avec lui sa troisième rasade de citronnelle dans un verre en carton.

Le lendemain matin, Madame B. s’est de nouveau levée un peu plus tôt pour se préparer à son changement de rituel. En rentrant chez elle la veille, elle avait remarqué les nouveaux aménagements de la station du Grand Caillou, rue des Treytins, à laquelle elle comptait justement se rendre pour prendre la ligne 35, qui lui permet de récupérer la 41 à la place Florale. Elle s’était alors dit qu’elle verrait « tout ce bazar » de plus près le lendemain. Quel ne fut donc pas son étonnement à la vue d’une « salle d’attente de l’hôpital Pellegrin » à la station, composée d’une table et de quatre chaises en bois. Deux personnes y étaient installées, l’une tapotant sur son téléphone et l’autre lisant un journal qui semblait se trouver sur la table, où étaient mis à disposition canards et magazines divers. Madame B. marque un temps d’hésitation ponctué d’un haussement de sourcils, puis reconnaît un univers visuel similaire à celui des installations de la place du Rouillaou. Rassurée et confiante, elle s’installe et prend un journal quelconque, qu’elle parcourt en attendant l’autobus. Ce dernier arrive au bout de 6 minutes, dévoilant au regard ébahi du chauffeur et des passagers la salle d’attente de la station du Grand Caillou.

station

 

Moralité

Monsieur G. parvient au Pinsan quatre minutes après être entré dans le bus. En courant, il se dit que ce serait  bien d’utiliser davantage le bus, et pourquoi pas de venir ici à pied. Il ne pensait pas, en effet, que son quartier pouvait être aussi agréable à traverser. Il prend également la décision d’emprunter la ligne 5 pour aller à Bordeaux samedi prochain, au lieu de conduire jusqu’au parking relais des Aubiers, comme à son habitude, pour récupérer la ligne C du tram. Régulièrement en effet, il retrouve sa fille sur les quais pour passer l’après-midi avec elle.

Madame B. arrive un peu en avance à l’hôpital malgré la correspondance et l’utilisation de deux bus différents. Pendant son trajet, elle a pu tranquillement regarder défiler le paysage et envoyer quelques messages, notamment à Madame H. avec qui elle va flâner samedi prochain rue Sainte Catherine et qui la sermonnera, comme toujours, sur sa trop longue période de célibat. Quel plaisir de se laisser aller, de ne pas avoir à faire attention aux voitures, aux feux, aux vélos, aux piétons ! C’est décidé, samedi prochain, au lieu d’aller en voiture jusqu’au parking relais de Mérignac, pour prendre la ligne A du tram, Madame B. empruntera la ligne 5 et marchera à partir de la place Gambetta.

Le samedi suivant, à 11h30, Madame B. et Monsieur G. se dirigent tous deux vers la station Toulouse-Lautrec, en face du totem de la place du Rouillaou. Ils s’y saluent poliment, tels deux inconnus qu’ils sont l’un pour l’autre, et attendent silencieusement leur autobus, en échangeant quelques regards furtifs par intermittence. L’autobus arrive. Ils y montent tous les deux. Ils prennent place l’un à côté de l’autre, juste avant le passage de la rocade. Les premiers mots sont échangés au niveau de l’hippodrome. Le premier éclat de rire surgit à la traversée des boulevards. Le premier frottement d’épaule a lieu devant le Jardin Public.

 

Internet, ça aide à rencontrer l’âme soeur,

Mais dans le bus, ça y va comme dans du beurre

moralité

Du 16 au 22 septembre 2014, dans le cadre de la Semaine européenne de la Mobilité, l’expérimentation Marche à Suivre s’installe à Eysines, entre les quartiers du Grand Caillou et du Derby. Soyez prêts à changer vos habitudes…      

 

Publié dans le grand caillou

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